Manque de protection contre les nuisances sonores

Santé publique

La 19e édition de la Journée nationale de l’audition se déroule le jeudi 10 mars. Pour cette édition 2016, des tests d’audition gratuits sont proposés. L’ensemble des manifestations sont listées sur www.journee-audition.org.

Une enquête montre que les nuisances sonores impactent les Français à tout âge !
À l’occasion de la 19e édition de la Journée nationale de l’audition (JNA), l’association JNA a dévoilé les résultats de sa dernière enquête avec l’Ifop  auprès de 1000 adultes sur l’impact des nuisances sonores sur la santé, et en particulier auditive. Si le bruit a des effets directs sur la santé pour 94 % des Français, la majorité d’entre eux ne prend pas les mesures adéquates pour s’en protéger. La prévention est toujours à promouvoir. Le point sur cette enquête avec Audio Infos, revue pour les audio-prothésistes, et edp Audio.

Le bruit représente un enjeu de société pour près de 9 personnes sur 10, avec des effets directs sur la santé pour 94 % des Français. Précisément, 93 % des personnes interrogées sont exposées chaque jour à un bruit excessif, quelle que soit sa durée. Nuit et jour (et en particulier la nuit pour 41 % des 18/24 ans), le bruit impacte tout le monde.
Les nuisances sonores sont présentes en de nombreux lieux : 1 Français sur 2 subirait des agressions sonores au travail ou dans les transports (en particulier les jeunes, chez qui 56 % des 15/17 ans et 57 % des 25/34 ans se sentent agressés par le bruit dans les transports). Et ce, quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle des personnes interrogées : si 91 % des ouvriers sont extrêmement impactés par le bruit sur leur lieu de travail, 6 à 8 actifs sur 10 se disent gênés par le bruit alors qu’ils travaillent en bureau ou en open space. Enfin, 47 % des Français sont gênés dans les magasins et 40 % des écoliers se sentent agressés par le bruit... Et cette exposition sonore quotidienne empire avec les années : 2 Français sur 3 se disent plus exposés qu’avant.

Le bruit gêne… mais les Français ne se protègent pas

Mais si le bruit gêne une majorité de Français, son impact est sous-estimé et peu de personnes mettent en place des moyens de s’en protéger, en particulier les jeunes.
« D’après les récentes enquêtes, et pas seulement celles effectuées par la JNA, rapporte Jean Stanko, président de la JNA les jeunes savent que le bruit nuit à leurs oreilles, mais ils ne font rien pour l’éviter. La protection auditive passe en second plan. Tant qu’ils continuent à entendre, ils ne changent pas leurs comportements, regrette l’ancien audioprothésiste. Pourtant, le bruit a de graves conséquences sur le long terme. » Les résultats de l’enquête montrent que moins de la moitié des Français a conscience que le bruit peut générer une surdité définitive (45 % d’entre eux et seulement 9 % des 15/24 ans) ou des acouphènes (42 %). Et 7 jeunes sur 10 ne pensent pas que le bruit peut conduire à une surdité définitive. À un âge sensible, empreint d’émotions, les jeunes âgés de 15 à 17 ans vivent une relation particulière au bruit. 38 % d’entre eux estiment que le bruit « rend euphorique », quand la moyenne de tous les âges s’élève à 11 %. Pire, un jeune âgé de 15 à 17 ans sur trois pense que l’exposition à des volumes sonores élevés éduque leurs oreilles en leur permettant de s’habituer. « Nous nous sommes aperçus que la mise en place de mesures pour diminuer l’agression sonore, par exemple en boîte de nuit, où l’on diminue la musique ou l’on distribue des bouchons d’oreille, ne satisfait pas les jeunes, explique le président de la JNA. Le meilleur moyen reste la mise à disposition de zones de repos, mais surtout, il faut communiquer sur les dangers du bruit et accentuer la prévention. Elle doit se faire auprès de tous, à tous les âges, y compris dans les écoles », ajoute Jean Stanko. Selon l’enquête, 74 % des écoliers éprouveraient des difficultés à suivre les cours à cause du bruit ambiant... Dans les cafés, bars et restaurants, 92 % des personnes n’arrivent pas à suivre les conversations !
Bien que le changement des comportements en matière de bruit et de santé auditive soit un processus lent, à soutenir sur le long terme, les Français ont conscience de l’impact des nuisances sur leur capital auditif. « Les messages commencent à passer, mais nous devons continuer à renforcer la prévention, insiste le président de la JNA. Les pouvoirs publics doivent se rendent compte de l’impact du bruit sur la santé. La santé auditive ne se résume pas au prix des aides auditives. Il s’agit d’un enjeu de santé dans sa globalité, à tous âges. » Et les Français abondent dans ce sens : 89 % d’entre eux estiment qu’une meilleure gestion des nuisances sonores par les pouvoirs publics permettrait d’améliorer la qualité de vie, de bénéficier d’une meilleure santé (pour 85 % d’entre eux) et d’éviter une augmentation des risques de surdité (83 %).

Florence Bozec
 

Des actions tout au long de l’année

Tout au long de l’année et à différents temps forts, l’association JNA est en mouvement avec les acteurs du terrain et oeuvre au quotidien pour changer les comportements en matière de santé auditive. « La JNA organise des actions au-delà de la journée du 10 mars, notamment avec des journées de tests auditifs organisées dans toute la France, au cours desquelles nous rencontrons le public pour l'informer sur le capital auditif, facteur clé du capital santé. Ces actions et cette façon de toucher les gens donnent corps et sens aux messages de prévention que l’on veut faire passer » explique Sébastien Leroy, porte-parole JNA. Parallèlement, l’association JNA travaille avec les directions de santé afin de promouvoir des programmes de santé auditive.
Cette année, la JNA a conçu trois courts spots vidéos réalisés sur le thème de la santé auditive et diffusés via les réseaux sociaux : chez les jeunes, les adultes et les seniors. « Une façon d’inviter le public aux bonnes pratiques auditives, pour préserver leur santé à long terme. »
« L’audition est un indicateur d’une bonne santé auditive, et de façon plus générale, de santé globale, souligne Sébastien Leroy. La JNA milite pour faire sortir l’oreille de l’oubli, pour que l’audition intègre les indicateurs de l’état général de santé de la population. Plus l’audition fera partie des programmes de développement du capital santé, plus le niveau général de santé des Français augmentera. Veiller sur son audition doit faire partie des tableaux de bord individuels et collectifs de santé, autant que de veiller à l’obésité, à son cœur, à ses dents… Le programme de santé auditive de la JNA promeut l’intégration de l’audition au sein même des réflexes d’hygiène de santé et de vie en France et dans les pays francophones. »